David Allouche, Parler à ma mère, Balland.

«  »Pourquoi vous vous effondrez ? Me dit-il. – Sans elle, je suis perdu. – On ne dirait pas, vous avez un corps d’athlète, vous vous occupez bien de votre fils. – Je l’ai tuée, je vous dis. – Et ? Répond-il impavide. – Ma mère aussi je l’ai tuée. – Vous avez l’habitude de tuer tout le monde, vous ? – Non, ma mère, je ne l’ai pas tuée, je l’ai désespérée. – Désespérée ? – Oui, quand je lui ai dit que j’avais tué ma femme. – Vous avez dit à votre mère que vous avez tué votre femme ? – Oui ! Je dis tout à maman. – On arrête là Itsak. – Mais je ne vous ai pas dit pourquoi je l’ai tuée ! » Lucien fait silence, se lève et réplique: – Vous me le direz la prochaine fois. Vous me devez cent euros. – Vous êtes plus cher que Julia, ma prof de tennis. – Oui ! Et je n’apporte pas les balles. »

« Ne devenez écrivain que si vous n’avez pas le choix. Ouvrez vos possibilités, regardez les gens heureux autour de vous. Discutez de leur métier, envisagez-le même. Formez-vous. Et allez travailler. Ecrivain n’est pas un métier. Juste une activité où il n’y a pas de recette. »

Il y a des livres dont on attend la sortie. C’est le cas de celui-ci. Quelle joie d’avoir reçu ce nouveau roman ! Je remercie l’auteur ainsi que la maison d’édition pour cet envoi. J’avais adoré La Kippa bleue (c’est ici, rappelez-vous!). J’ai fini ce livre à la fin de l’année scolaire, en salle des professeurs, où cela sentait déjà les vacances. Quelques élèves semblaient s’être perdus, d’autres, punis, ont du venir encore arpenter les couloirs de l’établissement. En tout état de cause, nous, les profs, n’avons pas trouvé de candidat pour d’éventuelles heures de soutien… Pour tout vous dire, si je n’ai pas publié ma chronique avant, c’est parce que je tenais à ce qu’une balle de tennis figure sur ma photo indices, et que, visiblement, le tennis, c’est has been… Mon objet enfin trouvé, voici donc ma chronique, et sa photo – avec des indices, comme d’habitude…

Itsak a rendez-vous chez le psychiatre. Alors qu’il tente de lui dire qu’il a tué sa femme, le discours s’oriente peu à peu vers le souvenir de sa mère. Itsak est le père de Gabriel, avec lequel il semble avoir une relation fusionnelle. Comment ce père hors-du-commun va-t-il passer cette épreuve de la disparition de sa femme ?

Un roman à la première personne, qui permet au lecteur une omniscience des plus succulentes. Un suspense sur ce pseudo-meurtrier au grand cœur avec son fils. David Allouche réussit à aborder avec un humour certain, et une tendresse particulière, des thèmes aussi lourds que celui de la religion ou du divorce.

Pour aller plus loin : la balle de tennis est le fil conducteur des échanges entre le psychiatre et notre personnage principal, qui rappellent une certaine Fin de partie de Samuel Beckett… Si ici, c’est la fin de partie de tennis – une adaptation théâtrale de ce roman serait une franche réussite !

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